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Pourquoi le prix de l’électricité est indexé sur le gaz ?

Si l’année 2022 reste gravée comme le paroxysme de la crise énergétique avec des pics à 1 000 €/MWh, le paysage actuel de 2026 impose une nouvelle lecture du marché. Avec la fin du dispositif ARENH au 1er janvier dernier, les entreprises françaises sont désormais pleinement exposées aux fluctuations des marchés de gros. Malgré une détente relative, le prix de l’électricité reste structurellement nerveux, oscillant au gré des tensions géopolitiques et de la disponibilité du parc nucléaire. Pourtant, une question fondamentale persiste pour tout gestionnaire : pourquoi, alors que la France produit une électricité largement décarbonée, son prix reste-t-il intrinsèquement lié aux cours du gaz naturel ? Comprendre ce mécanisme de corrélation est aujourd’hui vital pour sécuriser ses budgets dans un monde post-ARENH.

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A retenir :

  • Le marché européen fonctionne selon le principe du coût marginal.
  • La dernière centrale appelée pour répondre à la demande fixe le prix pour tous.
  • Ces centrales d’appoint fonctionnent souvent au gaz, d’où la corrélation des prix.
  • Les réformes européennes récentes visent à limiter cette dépendance fossile.

Comprendre pourquoi le prix de l’électricité est indexé sur le gaz 

La question est de savoir pourquoi le prix de l’électricité est indexé sur le gaz n’est pas anodine. L’arrimage du prix du MWh1 au prix du gaz induit une hausse du tarif de l’électricité, alors même que la France est presque autonome, avec un parc installé de 57 réacteurs nucléaires. Elle reste ainsi leader dans la fourniture d’électricité décarbonée en Europe.

Quel est le rôle du gaz dans la production d’électricité ?

Si la majeure partie de l’électricité en France vient des centrales nucléaires et du renouvelable (95 % en 2024)2, dans le reste de l’Europe, elle est majoritairement produite par des centrales thermiques fonctionnant au gaz naturel.     

Comment fonctionne le marché européen de l’électricité ?

Pour comprendre pourquoi le prix de l’électricité est indexé sur le gaz, il est également important de détailler le fonctionnement du marché européen de l’électricité. 
L’électricité consommée sur le territoire provient majoritairement des centrales françaises et d’importations de pays frontaliers. Avant d’être proposée aux entreprises, l’électricité est vendue et achetée sur le marché de gros européen3. Ce dernier occupe une place essentielle dans le fonctionnement du système électrique français. L’électricité ne pouvant pas être stockée, ce marché garantit l’équilibre entre l’offre et la demande d’électricité, et assure une sécurité d’approvisionnement tout au long de l’année, 24h/24 et 7j/ 7.

ActeurRôle sur le marchéExemples d’entreprises
ProducteursExploitent les centrales
(nucléaires, renouvelables, thermiques)
et vendent l’énergie.
EDF, ENGIE
FournisseursAchètent l’électricité en gros
pour la revendre aux clients finaux
(entreprises, particuliers).
EDF, ENGIE, Ekwateur, TotalEnergies
Les acteurs clés du marché de l’électricité

Le marché de gros s’adresse :

  • Aux producteurs d’électricité, qui exploitent des centrales nucléaires ou thermiques à combustibles fossiles (gaz naturel, fioul et dans de rares exceptions charbon) et des énergies renouvelables (centrales hydrauliques, éoliennes, panneaux photovoltaïques). Les principaux producteurs d’électricité en France sont EDF et ENGIE.
  • Aux fournisseurs, qui s’y approvisionnent en électricité et la vendent aux entreprises et particuliers. Les principaux fournisseurs d’électricité en France sont EDF, ENGIE, Ekwateur, Enercoop, Eni, TotalEnergies…

Le marché de gros de l’électricité permet à ces acteurs de vendre et d’acheter l’énergie du jour pour le lendemain sur le marché spot, ou sur le plus long terme sur le marché à terme.

Qu’est-ce que le mécanisme du prix marginal (merit order) et son impact sur les tarifs ?

Le marché de gros de l’électricité est tout à fait spécifique. Le prix n’est pas fixé selon une moyenne mais en prix marginal. Celui-ci est défini à partir du coût de la dernière centrale retenue pour satisfaire la demande de fourniture d’électricité. Et quel que soit le type de production (barrage hydraulique, panneaux solaires, centrale nucléaire ou thermique), tous les KWh sont vendus à ce prix marginal. En France, il arrive souvent que ce soit la dernière centrale appelée sur le marché de gros qui fixe le prix marginal. Cela explique en grande partie pourquoi le prix de l’électricité est indexé sur le gaz.

Bon à savoir : L’ordre d’appel des centrales (merit order) commence toujours par les énergies les moins chères (renouvelables, nucléaire). Les centrales thermiques (gaz, charbon) ne sont activées qu’en dernier recours, lors des pics de consommation.

Pourquoi le prix de l’électricité indexé sur le gaz impacte-t-il les entreprises ?  

En quoi cette indexation impacte-t-elledirectement la facture énergétique des entreprises ? Tout s’explique par le fait que le prix de l’électricité est corrélé à celui du gaz. Lorsque le prix du gaz naturel augmente, celui du KWh suit la même tendance. Ce mécanisme a été problématique en raison des fortes tensions géopolitiques sur les approvisionnements en gaz naturel, à quoi il faut ajouter la taxe carbone sur les combustibles fossiles, qui constitue un coût supplémentaire par tonne de CO2 émise. 

L’impact de la géopolitique de 2026 et la course à la décorrélation

Le paysage énergétique de ce premier semestre 2026 rappelle cruellement l’importance de ces réformes. Les récentes tensions au Moyen-Orient et la persistance de l’instabilité mondiale continuent de perturber les approvisionnements, maintenant une forte nervosité sur les cours du gaz naturel. Face à cet effet domino sur l’électricité, les pays européens accélèrent la décorrélation.

Si l’Union européenne mise sur le déploiement massif des contrats de long terme, le Royaume-Uni a franchi un cap décisif ce printemps avec l’accélération de sa réforme REMA (Review of Electricity Market Arrangements). Le gouvernement britannique introduit notamment de nouveaux contrats pour différence de gros (Wholesale CfDs) sur la base du volontariat pour les producteurs d’énergies renouvelables historiques, cherchant ainsi à briser officiellement le lien financier entre le prix volatil du gaz et la facture d’électricité des consommateurs.

La volatilité des prix et ses répercussions sur les contrats d’énergie

L’électricité ne se stockant pas, les fournisseurs sont obligés de l’acheter quasi en temps réel, sachant que son prix varie selon la période de l’année, le jour et l’heure. Le prix peut ainsi rapidement s’envoler lorsque la production est au plus bas.  

Le marché de gros de l’électricité se caractérise donc par une grande volatilité. Heureusement pour les entreprises, le marché de détail répond à des règles différentes, avec des offres à prix ferme et des tarifs réglementés qui offrent une meilleure visibilité à court et moyen terme. Les pouvoirs publics ont aussi la possibilité de réguler les prix lorsque l’inflation est trop forte. 

Pour leur éviter de subir les fluctuations quotidiennes du marché de gros de l’électricité, les fournisseurs proposent également aux entreprises de nombreuses solutions et tarifications intéressantes.   

Quels défis énergétiques pour les grandes industries et les PME en 2026 ?

Les industries et les entreprises (PME, TPE, comme les artisans) doivent relever, chacune à leur échelle, de nombreux défis. L’objectif est de garantir la compétitivité et la pérennité de leur activité.

Sur le plan énergétique, elles doivent d’une part respecter le décret tertiaire et le décret BACS. Ces textes les obligent à maîtriser leur consommation énergétique. Elles doivent aussi réduire leur empreinte carbone selon un calendrier précis. D’autre part, elles doivent activer les leviers pour optimiser leur budget d’électricité.

Pour aider à définir les stratégies à adopter, un audit énergétique des grandes entreprises est obligatoire pour les grands groupes. Il leur permet de repérer les gisements d’économies d’énergie (tertiaires et industriels).   

Où en est la réforme du marché de l’électricité en Europe ?

Le Parlement européen a fourni une réponse via l’adoption en avril 2024 de mesures. Celles-ci visent à faire évoluer le marché de l’électricité en Europe, pour le rendre plus stable, abordable et durable. Aujourd’hui, en 2026, ces mesures déploient progressivement leurs effets.

Cette réforme a pour objectif de :

  • Juguler les hausses de prix de l’électricité en période de crise énergétique,
  • Accélérer le déploiement des énergies renouvelables,
  • Stabiliser les marchés à long terme grâce aux contrats PPA (Power Purchase Agreements).

La volatilité du marché et l’indexation du prix de l’électricité sur celui du gaz et plus largement celui des énergies fossiles ont été les principaux vecteurs de cette réforme.  

Bon à savoir : Les PPA (contrats d’achat d’électricité à long terme) permettent aujourd’hui aux entreprises de sécuriser un prix fixe sur plusieurs années. Ils déconnectent ainsi la facture des fluctuations du marché spot du gaz.

Le développement des énergies renouvelables comme alternative

Les énergies renouvelables comme alternative à la production d’électricité par des centrales au gaz s’imposent de plus en plus. C’est déjà le cas en France où, en 2024, le nucléaire combiné aux énergies renouvelables a permis de satisfaire 95 % des besoins en électricité. Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi le prix de l’électricité est indexé sur le gaz encore aujourd’hui.

Quels sont les leviers d’action pour les entreprises face à l’indexation actuelle ?

En tant qu’entreprise, vous disposez de nombreux leviers pour optimiser vos dépenses énergétiques et limiter l’impact des fluctuations des prix de l’électricité et du gaz. D’abord, vous pouvez mettre en place un système de management de l’énergie (SMé) pour optimiser votre consommation d’électricité, et aussi vous conformer au décret tertiaire. L’analyse de l’impact des actions menées en suivant le Protocole IPMVP vous permettra d’évaluer précisément l’efficacité et la rentabilité de votre stratégie énergétique. Sachant que, si les investissements préconisés par l’audit réglementaire obligatoire pour les grandes entreprises ou celui réalisé lors de la mise en œuvre de votre SMé ISO 50001 sont effectués, les économies d’énergie peuvent atteindre, selon la nature de l’activité, jusqu’à 30 %, et dépasser 50 % pour la consommation liée au bâtiment4.

Ensuite, vous pouvez optimiser votre stratégie d’achat en sélectionnant le fournisseur d’électricité présentant les meilleures garanties et le contrat le plus adapté à vos besoins et à votre consommation. 

Pour la mise en place d’une stratégie globale et performante, il est conseillé de faire appel à une société de courtage en énergie pour les professionnels.  

FAQ

Pourquoi le prix de l’électricité dépend-il du gaz ?

Le prix de l’électricité est lié au gaz car, sur le marché européen, le coût de l’électricité est fixé selon un mécanisme de prix marginal. Cela signifie que le tarif est déterminé par la dernière centrale appelée pour équilibrer l’offre et la demande, souvent une centrale à gaz. Comme ces centrales sont sollicitées en période de forte consommation, leur coût impacte directement le prix global de l’électricité.

Pourquoi l’indexation de l’électricité sur le gaz entraîne une forte volatilité des prix ?

Le prix du gaz est très sensible aux fluctuations du marché, notamment en raison des tensions géopolitiques, de l’offre et de la demande mondiales et des variations saisonnières. Comme l’électricité est indexée sur cette ressource, toute hausse du gaz entraîne mécaniquement une augmentation du prix de l’électricité, même si elle est majoritairement produite via le nucléaire ou les énergies renouvelables en France.

Comment une entreprise peut limiter l’impact de la hausse des prix du gaz sur sa facture ?

Pour réduire l’impact des hausses de prix, une entreprise peut opter pour un contrat à prix fixe afin de se protéger des fluctuations du marché. Il est aussi possible d’optimiser sa consommation d’énergie en adoptant des solutions d’efficacité énergétique, comme la gestion intelligente des équipements ou la mise en place d’un système de management de l’énergie (SMé). Enfin, le recours aux énergies renouvelables et l’accompagnement par un courtier en énergie peuvent aider à mieux maîtriser les coûts à long terme.

Le prix de l’électricité est-il toujours indexé sur le gaz en 2026 ?

Oui, le principe du coût marginal (merit order) reste en vigueur sur le marché européen à court terme (spot). Toutefois, les récentes réformes européennes et le développement des contrats à long terme (PPA) permettent de plus en plus de s’en détacher.

Qu’est-ce que le « merit order » ou ordre de préséance ?

C’est la règle d’empilement du marché européen. Les centrales produisant l’électricité la moins chère (soleil, vent, nucléaire) sont appelées en premier. Les plus chères (souvent au gaz) sont appelées en dernier et fixent le prix final de l’ensemble du marché.


  1.  https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/283337-le-prix-de-lelectricite-en-8-questions
    ↩︎
  2.  https://www.rte-france.com/actualites/production-electricite-francaise-atteint-plus-haut-niveau-depuis-5-ans
    ↩︎
  3.  https://www.cre.fr/electricite/marche-de-gros-de-lelectricite/presentation.html
    ↩︎
  4.  https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/audit-energetique-grandes-entreprises
    ↩︎