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Canicule dans l’énergie : Découvrez les effets des hausses de température sur la production d’énergie

Depuis plusieurs années, les périodes de canicule se succèdent durant l’été, à cause du changement climatique. Au-delà des impacts sur l’environnement, la canicule exerce une pression sur la production d’énergie à travers le monde. Qu’est-ce qu’une canicule ? Combien de temps cela dure ? Quels impacts sur la production d’énergie ? Découvrez dans cet article un tour d’horizon sur les effets de la canicule.

 

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Qu’est-ce que la canicule ?

 

La canicule se définit comme une période de forte chaleur. Néanmoins, techniquement parlant, cela va un peu plus loin. En effet, il existe deux critères bien précis pour identifier une canicule : la température et la durée. Ces deux critères permettent de différencier la canicule d’une vague de chaleur. 

 

Combien de temps dure une canicule ?

 

En France, pour être considéré comme une canicule, ces critères sont définis au niveau départemental. Ainsi, une canicule dans le Gard doit atteindre le seuil de 36°C le jour, et 23°C la nuit, durant plus de 3 jours consécutifs. Dans le Morbihan, le seuil de température est de 32°C le jour, et 19°C la nuit. 

 

Depuis quand existe-il un seuil d’alerte en France ? 

 

Le seuil d’alerte des températures a été défini en France suite à la canicule de 2003, qui a occasionné plus de 15000 décès. Ce seuil doit permettre une anticipation des actions sanitaires pour prévenir et mettre en sécurité les personnes les plus à risque.

 

Quels sont les critères de canicule dans le monde ? 

 

La canicule au Canada

 

Pour être considéré comme une canicule, il faut que la température dépasse les 30 degrés le jour. En plus de cette condition, il faut que la différence de température entre le jour et la nuit se réduise par rapport à la normale.  

 

La canicule en Belgique

 

En Belgique, il n’y a pas de notion de canicule. On utilise la notion de vague de chaleur, avec comme critère une température minimale de 25°C sur 5 jours consécutifs, ou plus. Au sein de ces 5 jours, il faut également 3 jours où la température dépasse les 30°C. 

 

La canicule en Amérique du Sud

 

Dans le nord de l’Argentine, le Paraguay ou encore en Uruguay, il est courant d’avoir des températures s’approchant des 35° degrés entre novembre et février. Néanmoins, à partir du dépassement de ce seuil, on considère qu’il y a une vague de chaleur anormale. Selon la durée de cette vague de chaleur, on parle de canicule. 

 

La canicule en Australie

 

Comme en Belgique, on parle de vague de chaleur plutôt que de canicule, avec 3 stades de sévérité : 

 

  • Faible vague de chaleur
  • Vague de chaleur sévère
  • Vague de chaleur extrême

 

Pour déclencher ces niveaux d’alerte, il faut que le Bureau of Meteorology identifie 3 jours et 3 nuits de suite dans lesquels la température est supérieure aux normales de saison et aux températures enregistrées sur les 30 derniers jours. Il n’y a pas de seuil de température prédéfini. L’alerte se fait par période de 3 jours, dans la semaine à venir, et ce, dans chaque région du pays.

 

Zoom sur une canicule historique : La canicule de 2003 en Europe

 

Lors de cette année, les températures ont dépassé les 30°C dès fin avril, auquel s’est ajouté une sécheresse record. Au total, la canicule de 2003 a concerné l’Italie, l’Espagne, la France, la Belgique, en passant par la Suisse et en remontant jusqu’à l’Angleterre et le Danemark.

 

C’est en France que la canicule s’avère la plus intense, avec des records de températures battus dans de nombreuses régions. Par exemple, le 12 août, jour le plus chaud de cet été, il a fait 39,3°C à Paris, 43°C à Avignon, ou encore 42°C à Carcassonne. 

 

En plus de ces fortes chaleurs, de faibles niveaux de vents ont entraîné un faible renouvellement de l’air, et par conséquent, une augmentation des particules fines dans l’air. Officiellement, cette canicule aura durée 15 jours, du 1er au 15 août 2003, et occasionnée 70000 morts en Europe. Depuis, cette canicule a entraîné la création d’une journée de solidarité en France pour aider la prise en charge des personnes vulnérables lors de périodes caniculaires. 

 

Quels sont les impacts de la canicule sur la production d’énergie ?

 

Comme on peut s’en douter, la canicule a un impact global sur la vie quotidienne et sur l’environnement, et par conséquent, sur la production d’énergie. Le premier secteur touché par la chaleur est le secteur nucléaire.

 

1ère conséquence : Réduction de la production des centrales nucléaires en cas de canicule

 

Lors des pics de chaleur, la France a mis en place une limitation de la production des centrales nucléaires, dans une logique de protection de l’environnement. En effet, pour les centrales fonctionnant en circuit ouvert pour le refroidissement de la réaction, le rejet des eaux en aval provoque une hausse de la température aquatique des fleuves. Or, ces hausses de température peuvent dégrader la faune et flore présentes. 

 

Pour les protéger, des seuils de température ont été fixés. Par exemple, dès que la température de la Garonne dépasse 28°C, la centrale nucléaire de Golfech doit cesser son activité. Pour éviter un arrêt complet, une dérogation est possible, permettant à la centrale de rejeter de l’eau chaude, malgré un seuil de température dépassé. Ce cas de figure s’est produit en 2018, avec une autorisation accordée par l’ASN pour autoriser la centrale à poursuivre son activité.

 

Bon à savoir : Pour 2023, les centrales nucléaires de Golfech, Blayais, Saint-Alban et du Bugey, ont obtenu des dérogations pour poursuivre leur activité, malgré des températures supérieures aux seuils en vigueur. 

 

2ème conséquence : Réduction des stocks hydrauliques pour la production hydroélectrique

 

Lors de la période de grande sécheresse en août 2022, les stocks hydrauliques en France ont été particulièrement faibles par rapport à la moyenne 2017-2023, avec une baisse de 16%. 

 

Stock hydraulique production électricité france 2023

Source : RTE

 

Cette réduction des stocks d’eau a directement impacté la production hydroélectrique, avec une baisse de 18% par rapport à la moyenne entre 2014 et 2022. 

 

évolution production annuelle hydraulique 2014-2022

Source : RTE

 

Conséquence, ces problématiques sur la production énergétique ont occasionné une tension telle entre l’offre et la demande, que cela a provoqué une hausse historique des tarifs fin août 2022, avec un prix établi à 1130€/TWh. 

 

3ème conséquence : Une baisse de la production éolienne

 

Lors de périodes anticycloniques, la production éolienne peut se voir réduite avec de faibles vents au large des côtes. Dans un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) publié en 2010, il est démontré que la production éolienne est fortement corrélée avec la température dans l’atmosphère. Lors de périodes très chaudes, la production éolienne est très limitée. Pour prendre sa pleine mesure, cette source d’énergie a besoin de températures tièdes.

 

Cette thèse est démontrée par le panorama de l’énergie renouvelable, publié en 2021 par l’Agence ORE, RTE et le syndicat des énergies renouvelables.

 

Production éolienne facteur de charge

 

On constate dans ce panorama qu’en période estivale en Europe, la production éolienne est divisée par 2, voire 3, par rapport à la production des autres saisons de l’année. 

 

4ème conséquence : Une baisse du transport maritime

 

Avec les fortes chaleurs et l’absence de précipitations, la baisse du niveau des fleuves ne permet plus le passage de navires de fret et cargo chargés à pleine capacité. Par conséquent, la capacité de livraison en GNL et en charbon se voit réduite et peut impacter la disponibilité des centrales thermiques. Cette situation concerne surtout l’Europe centrale, où le charbon est encore une ressource importante de la production électrique. Lors de la sécheresse de 2022, deux centrales thermiques allemandes ont vu leur activité perturbée à cause d’un problème d’approvisionnement, suite à un niveau historiquement bas du Rhin.

 

5ème conséquence : Une surchauffe des lignes de transport électrique

 

Selon un document de RTE, lors de juillet 2022, la canicule a provoqué des contraintes d’utilisation sur 3 lignes de transport électrique : 

  • L’axe de la vallée du Rhône ;
  • La liaison entre le sud de la vallée du Rhône et la région de Montpellier ;
  • La liaison entre Montpellier et la région PACA.

 

Certaines liaisons aériennes et souterraines ont également été exploitées à leur capacité maximale, compte tenu de la température de l’air et des sols. Par exemple, à Paris, des coupures momentanées ont concerné 237000 consommateurs, à cause de la chaleur des sols. 

 

Quels sont les impacts de la canicule sur la demande d’énergie ?

 

Comme on peut s’en douter, les périodes de canicule provoquent une augmentation de la demande énergétique, pour faire fonctionner les climatisations. Néanmoins, objectivement, cette affirmation peut paraître paradoxale, car l’activité économique en été est réduite et les besoins en éclairage et en chauffage sont presque inexistants. Selon un rapport du Sénat, le niveau de demande électrique de la France en été est de 46000 MW. Or, en hiver, cette demande atteint environ 75000 MW.

 

Pierre Bornard, directeur de la division “Systèmes électriques” à RTE, a justifié cette hausse de consommation par une logique de seuil de température. A partir de 25°C et pour chaque degré au-dessus de cette température, la France consomme environ 250 à 300 mégawatts supplémentaires. Selon ses dires, cela correspond à la consommation de la ville de Nantes. 

Ainsi, lors de la période de canicule de 2022, la demande énergétique a augmenté de 5 à 10% par rapport aux normales saisonnières.