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La tendance du marché de l’énergie – Avril 2022

Le marché de l’énergie s’inscrit dans la continuité des mois précédents. Il y a une forte volatilité des prix causée par la situation géopolitique en Europe et des volumes de production toujours en deçà des niveaux de demande. 

 

Quel est le contexte actuel ? 

 

L’Europe travaille pour arrêter l’importation des énergies fossiles russes 

 

Bruno le Maire, à l’annonce des nouvelles offensives russes en Ukraine, a déclaré sur Europe 1 qu’il faut cesser les importations de gaz naturel et de pétrole russe. Cette fin des importations pourrait mettre fin au financement de la guerre. Depuis cette déclaration fin avril, l’Union Européenne finalise un embargo progressif sur les importations de pétrole brut et de produits pétroliers en provenance de Russie. 

 

En 2020, le gaz naturel compte pour 15% du mix énergétique de la France. La Russie compte pour 17% des volumes importés en France, derrière la Norvège (36%). Pour le pétrole, la Russie a livré en 2021 30% du pétrole brut, et 15% des produits pétroliers achetés par l’UE. 

 

Pour remplacer ces volumes, une des solutions retenues est de s’orienter vers les États-Unis, avec une hausse de l’approvisionnement en GNL. D’ici 2030, les États-Unis ont accepté d’accroître de 50 milliards de mètres cubes leurs livraisons annuelles vers l’Europe. Néanmoins, cela n’est pas suffisant pour compenser les volumes russes. L’Italie a ainsi trouvé un accord avec l’Algérie pour exploiter pleinement le gazoduc reliant le pays au continent Africain. Ainsi, d’ici 2023-2024, les volumes échangés entre les deux pays pourraient atteindre les 9 milliards de mètres cubes de gaz naturel. 

 

Cet embargo progressif sur les combustibles fossiles devrait entrer en vigueur d’ici la fin de l’année. Cette décision devrait soutenir, à minima, un maintien des tarifs de vente des énergies fossiles. 

 

Gazprom arrête la livraison en gaz naturel pour la Pologne et la Bulgarie

 

En réaction aux différentes sanctions mises en place par l’UE, la Russie a décidé de mettre à exécution les menaces qu’elle a évoquées il y a quelques semaines. En effet, elle a décidé de mettre un terme aux livraisons en gaz naturel pour deux pays qui ont refusé le paiement en roubles. Ces deux pays concernés sont la Pologne et la Bulgarie. Pour la Pologne, cet arrêt des livraisons russes s’explique par une combinaison de plusieurs facteurs :

 

  • Le refus du pays de payer en roubles ;
  • Son soutien fort et affiché pour la résistance ukrainienne ;
  • Le faible manque à gagner pour la Russie, car la Pologne achète de faibles volumes de gaz russe pour alimenter le pays.

 

 Cette sanction est effective depuis le 27 avril 2022. 

 

Des sanctions qui posent question pour le reste de l’Europe. En effet, seule la Hongrie a accepté de payer en roubles les volumes de gaz russe livrés. Les autres pays de l’Union Européenne sont donc susceptibles de connaître le même sort dans les semaines à venir. Cette hausse de l’incertitude sur les volumes d’approvisionnement de l’Europe en gaz naturel va avoir des conséquences à court terme sur les prix des énergies. 

 

Une demande mondiale revue à la baisse, dans le cadre des prévisions d’abaissement de la croissance mondiale

 

La situation sanitaire en Chine, et plus précisément à Shanghaï, impacte à la baisse les prévisions de la demande mondiale. Avec les seuls confinements en Chine, l’AIE a décidé de réviser la demande mondiale. L’agence établie la demande à 730 000 barils/jour pour mars, 925 000 barils/jour pour avril, et 690 000 pour mai. 

 

Additionnée à la destruction naturelle de la demande avec la hausse récente des prix, le rapport entre l’offre actuelle et la demande est plutôt stable au niveau mondial. Néanmoins, avec les dernières annonces des politiques de l’Europe, une spéculation est en train de se mettre en place. Les marchés du gaz naturel et du pétrole tentent de prévoir le futur volume d’énergie qui sera disponible en Europe. Ces incertitudes poussent depuis quelques jours les prix à la hausse. 

 

En plus de cela, EDF vient d’annoncer une nouvelle fissure détectée sur un nouveau réacteur. 

 

EDF annonce une nouvelle fissure détectée sur un nouveau réacteur nucléaire

 

Le réacteur 3 de la centrale de Cattenom est concerné par des fissures sur des soudures du circuit d’injection de sécurité. Ce nouveau réacteur rejoint la liste des 10 réacteurs déjà à l’arrêt pour maintenance ou problème de soudure sur le système de refroidissement. 

 

Cette détection du problème, par ultrason, sur le réacteur 3 de Cattenom pose question. En effet, il s’agit d’un réacteur de la famille des 900 MW. Cette famille de réacteurs compte au total 32 réacteurs nucléaires. Un nouveau contrôle doit être réalisé en laboratoire pour vérifier si cette anomalie est bien réelle. Si ce problème est confirmé sur cette famille, cela remettrait en cause la totalité de la production nucléaire en France. Pour l’heure, seuls les problèmes sur les réacteurs des familles de 1450 MW et 1300 MW étaient confirmés.  

 

Ce nouvel arrêt impose à EDF de revoir une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de production d’électricité, entre 295 et 315 TWh, soit un niveau historiquement bas sur les 30 dernières années. Cette nouvelle baisse de la disponibilité nucléaire accroît la tension, à la fois sur le marché de l’électricité mais aussi sur celui du gaz naturel. En effet, le recours aux centrales à gaz et autres énergies fossiles devrait être revu à la hausse. 

 

La CRE travaille sur le développement de la filière biométhane pour rendre plus autonome la France en gaz naturel

 

Depuis la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, et la crise russo-ukrainienne, la CRE travaille sur le développement de la filière biométhane en France. Dans le cadre de sa diversification d’approvisionnement et devenir plus autonome en gaz naturel, la France cherche à développer cette filière rapidement. D’ailleurs, la loi sur la transition énergétique, instaurée en 2017, fixe un objectif de 10% de la consommation annuelle de gaz en France issue de cette filière, d’ici 2030. Dans l’optique d’une baisse de la consommation de gaz naturel en France de 10%, cet objectif de hausse de la production de biométhane pourrait se traduire par un volume de production estimé à 40 TWh/an d’ici 2030.

 

Pour soutenir ce développement, la CRE a listé plusieurs recommandations, dont :

 

  • Le lancement de nouveaux appels d’offres respectant les critères de sécurité et de respect de l’environnement ;
  • La réduction des temps nécessaires pour obtenir l’accord des administrations concernant la mise en service de sites de production de biométhane ;
  • La mise en place du dispositif de certificats de biométhane (CPB), pour accélérer le financement des installations de biométhane.  

 

Pour en savoir plus sur l’élaboration de projets de production de biométhane, on vous propose un article dédié aux démarches administratives nécessaires. Cet article expose également les différentes aides mises à disposition pour ouvrir son activité de méthanisation. 

 

Quel est l’impact sur les prix de l’énergie ?

 

Le point sur le marché de l’Électricité 

Le prix de l’électricité poursuit sa tendance haussière entamée depuis la mi-janvier. Le prix pour l’année de livraison 2023 est passé de 141, 24€/MWh au 1 février, à près de 256,27 au 2 mai, soit une hausse de 81% en 4 mois.

 

Les difficultés d’EDF concernant les problèmes de corrosion sur les centrales nucléaires expliquent cette hausse à moyen terme. Pour rappel, EDF a revu à la baisse ses estimations de production d’électricité à partir des ressources nucléaires. Les volumes de production établis par EDF oscillent entre 295-315 TWh pour 2022. 

 

Si les problèmes de corrosion sont détectés sur la famille de réacteurs d’une puissance de 900 MW, cette prévision pourrait être encore abaissée. Les prochaines semaines risquent d’être tendues sur le marché de l’électricité.  

 

Le point sur le marché du gaz 

 

Evolution prix gaz naturel

 

Comme pour le marché de l’électricité, le prix de gaz naturel continue sa tendance haussière. Il est passé de 51,263€/MWh, à 69,9€/MWh, soit 36,3% d’augmentation en l’espace de 4 mois. Cette tendance haussière est le cumul de plusieurs facteurs : 

 

  • Les incertitudes autour de l’approvisionnement russe en gaz naturel ;
  • La constitution des stocks français de gaz naturel. 

 

Evolution des stocks de gaz depuis 2019

Début mai, le taux de remplissage du stock de gaz naturel français est de 32%. Ce niveau de stockage est supérieur de près de 10%, par rapport à l’an dernier. Cette constitution des stocks de gaz naturel en France maintient le niveau de demande. Par conséquent, le niveau de prix du gaz naturel reste élevé. Néanmoins, entre fin avril et début mai, les prix ont connu une baisse légère. Cela est causée par une disponibilité importante en GNL, et le confinement en Chine.    

 

Le point sur le charbon 

Evolution du prix du charbon

 

Le marché du charbon est sur une tendance stable depuis la mi-mars. Le prix oscille autour des 320$ la tonne de charbon. Ce maintien des tarifs depuis début avril suit les facteurs d’évolution évoqués au sujet du gaz naturel, à savoir le confinement en Chine et le contexte géopolitique en Europe. 

 

Le point sur le pétrole 

 

Le marché du pétrole est l’un des marchés énergétiques les plus volatils du moment. L’Europe est dépendante des volumes de pétrole russe. Comme nous l’avons évoqué plus haut, l’embargo envisagé d’ici la fin de l’année impacte les prix échangés sur le marché. Début mai 2022, le baril de Brent de pétrole s’échange autour des 107$. Ce niveau est proche du prix échangé début avril (104,4$/baril).  

 

Pour l’ensemble des marchés énergétiques, les évolutions tarifaires des prochaines semaines devraient dépendre de deux facteurs. Ces facteurs sont l’évolution des relations entre la Russie et l’Europe et la situation sanitaire en Chine. 

 

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