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ETS : Le système d’échange de quotas d’émission, un levier stratégique pour les professionnels

Le système d’échange de quotas d’émission, communément appelé ETS (Emission Trading Scheme), est l’outil central de l’Union européenne pour piloter la réduction des émissions industrielles de gaz à effet de serre (GES). Lancé en 2005, ce marché du carbone impose aux entreprises des secteurs les plus intensifs de détenir un quota pour chaque tonne de CO2 équivalent émissions.

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Pour les professionnels, maîtriser les mécanismes de ce système d’échange de quotas d’émission devient une nécessité impérieuse. Face aux contraintes de conformité et aux opportunités d’optimisation, l’ETS système quotas est un défi opérationnel majeur et un levier stratégique pour anticiper les profondes mutations du marché européen de l’énergie. Les exploitants de leurs installations doivent être rigoureux dans leur déclaration et leur surveillance, conformément au règlement en vigueur.

A retenir :

  • L’ETS est le marché carbone européen, fonctionnant sur le principe du « plafond et échange » (Cap and Trade).
  • les entreprises  directement concernées par l’ETS 1 sont celles dont activité est dans les secteurs de l’industrie lourde ou de l’énergie. Le Conseil et le Parlement publient régulièrement une liste des secteurs concernés.
  • La volatilité du prix du quota (EUA) impacte directement les coûts de production Les évolutions réglementaires sont majeures, incluant l’arrivée de l’ETS 2 en 2027 et la fin progressive des allocations gratuites.

Le fonctionnement et l’histoire du système d’échange de quotas d’émission

Le système d’échange de quotas d’émission sert à organiser une rareté des droits à polluer pour inciter à la décarbonation.

Le mécanisme « plafond et échange »

Le mécanisme s’articule autour du principe de plafond et d’échange. L’Union européenne établit un plafond total d’émissions qui, diminue année après année. La Commission fixe le règlement et en assure le suivi.

Cette diminution est désormais accélérée à 4,3 % par an depuis 2024, garantissant une réduction continue vers l’objectif de 62 % d’ici 2030. Les entreprises concernées doivent ensuite acquérir des quotas (EUA), sachant qu’un quota autorise l’émission d’une tonne de CO2 à effet de serre équivalent. Si une entreprise parvient à réduire leurs émissions, elle peut vendre ses excédents sur le marché secondaire, transformant ainsi sa performance environnementale en bénéfice financier. Le cadre de surveillance et de déclaration est strict pour chaque installation.

Le parcours historique : de la phase pilote à l’accélération

L’histoire du système d’échange européen se divise en phases de renforcement progressif. 
Après une phase pilote (2005-2007) où les allocations gratuits étaient souvent trop généreuses, les périodes suivantes (jusqu’en 2020) ont vu l’alignement sur le Protocole de Kyoto, l’extension à l’aviation et l’introduction progressive des mises aux enchères comme mode d’attribution principal. Depuis 2021, le système est entré dans une phase d’accélération radicale (Fit for 55), concrétisée par le relèvement drastique du facteur de réduction annuel. Les installations en France sont particulièrement concernées par cette réforme. Le plan national de la France en tient compte.

Bon à savoir : Les allocations gratuites de quotas carbone, initialement majoritaires, sont désormais inférieures à 40 % de l’offre totale. Elles sont réservées aux secteurs les plus exposés au risque de fuite de carbone. Les exploitants de leurs installations doivent fournir une déclaration et une surveillance précises, conformément à la directive de l’Union.

Les dynamiques du marché carbone : prix et secteurs

Le marché du carbone est un marché financier complexe dont la dynamique des prix doit être décryptée pour une gestion optimale du risque. Le Conseil et le Parlement publient régulièrement une liste des décisions.

Facteurs clés influant sur le prix du quota

Le prix du quota (EUA) est volatil car il est sensible à plusieurs facteurs macroéconomiques. 

Comment se fixent les prix des quotas d’émission sur le marché du carbone européen ?

Le niveau de production industrielle en est un moteur majeur : une forte croissance augmente la demande de quotas et pousse donc les prix à la hausse. Par ailleurs, les prix des énergies fossiles jouent un rôle déterminant. Si, par exemple, le prix du gaz naturel devient trop élevé, certaines centrales peuvent se reporter sur le charbon (plus émetteur), ce qui augmente la demande de quotas sur le marché et fait grimper leurs prix. C’est un élément clé pour chaque compagnie. Ces échanges se déroulent principalement sur des plateformes comme l’EEX ou l’ICE Futures Europe, sous un code de conduite strict géré par la Commission.

L’extension du système : ETS 1 et ETS 2

L’ETS 1, le système historique, couvre les grands émetteurs fixes de l’industrie lourde ainsi que les producteurs d’électricité et de chaleur. Il concerne toute installation ayant une puissance thermique supérieure à 20 MW, ainsi que les secteurs de l’aviation et du maritime (intégré progressivement depuis 2024). L’activité de ces exploitants doit être suivie via le registre de l’Union.

Le grand changement à venir est l’introduction de l’ETS 2 en 2027.

CaractéristiquesETS 1 (Le système historique)ETS 2 (Le nouveau système)
Secteurs CouvertsProduction d’énergie, Industrie lourde, Aviation, Transport maritime.Bâtiment (combustibles de chauffage) et Transport Routier (carburants).
Point de RégulationL’installation industrielle émettrice.Le fournisseur de carburant ou de combustible.
Introduction de l’ETS 2 en 2027

Le lancement de l’ETS 2 élargit significativement l’impact du prix du carbone, notamment pour les PME et ETI, via leurs coûts logistiques et immobiliers. L’activité des membres de l’Union est directement impactée.

Impacts économiques et stratégies d’optimisation

Le système d’échange de quotas d’émission impose des contraintes, mais révèle aussi des leviers d’action pour les professionnels.

Le double impact sur les coûts et la compétitivité

L’impact financier doit être rigoureusement modélisé. L’impact direct concerne les entreprises soumises au système qui doivent acheter des quotas. 

Comment calculer le nombre de quotas nécessaires pour une activité professionnelle dans l’Union européenne ?

La déclaration des émissions vérifiée par un tiers indépendant permet de connaître le nombre exact de quotas à restituer. L’impact indirect concerne toutes les entreprises : le prix du carbone est répercuté sur la facture d’électricité puisque les producteurs d’énergie intègrent le coût de leurs quotas dans le prix de gros.

En quoi le système ETS impacte-t-il la compétitivité des industries européennes ? 

Des mécanismes de compensation existent pour les secteurs électro-intensifs, gérés sous le titre de la directive, afin de maintenir leur compétitivité face à la concurrence internationale (risque de fuite de carbone).

Stratégies d’achat des quotas : gestion active

La gestion des quotas est stratégique et doit être alignée sur le profil de risque de l’entreprise.

Approche stratégiqueAvantages clésProfil d’entreprise recommandé
Achat anticipé (Couverture à Long Terme)Sécurisation du prix, forte prévisibilité budgétaire et protection contre les hausses soudaines.Grande entreprise (Industrie lourde) : Besoin de visibilité maximale sur les coûts à 1-3 ans et forte capacité d’immobilisation de capitaux.
Achat progressif (Étalement des Risques)Flexibilité, lissage des prix dans le temps, opportunité de profiter des baisses de marché.PME/ETI : Profil équilibré cherchant à limiter l’exposition à la volatilité sans engager des sommes trop importantes en une seule fois.
Introduction de l’ETS 2 en 2027

Bon à savoir : Le règlement permet le banking (conserver des quotas non utilisés pour les années futures) ou, de manière très limitée, le borrowing (emprunter des quotas aux allocations futures). L’optimisation multi-sites permet aussi aux grands groupes de compenser les excédents et les déficits entre leurs différentes installations.

Réduire les émissions : levier numéro un

La réduction des émissions à la source reste la stratégie la plus pérenne pour maîtriser le coût ETS. 

Comment intégrer l’ETS dans une stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour une entreprise ?

  1. Efficacité Énergétique : Optimisation des procédés pour des réductions rapides.
  2. Changement de combustible et électrification : Remplacer les combustibles fossiles par du gaz naturel, de la biomasse, ou électrifier les procédés thermiques pour réduire les émissions. Les compagnies doivent faire preuve de proactivité.
  3. Captage Carbone (CSC) : Pour l’industrie lourde, le CSC est la voie d’avenir, capable d’atteindre une réduction de 80 à 95 % des émissions du processus.

Conformité et perspectives d’avenir

La complexité réglementaire du système ETS requiert une rigueur opérationnelle pour éviter les sanctions. Le règlement de la Commission est un titre à suivre.

Les obligations de conformité : surveillance et déclaration

Les entreprises soumises à l’ETS doivent rigoureusement procéder à la surveillance et à la déclaration de leurs émissions annuelles, puis faire vérifier ces données par un organisme indépendant. L’obligation suprême est de restituer un quota pour chaque tonne émise avant le 30 avril de l’année suivante. En cas de non-respect, la pénalité est fixée à 100 € par tonne non couverte. Chaque compagnie est inscrite sur la liste du registre. Le plan de surveillance doit être validé par l’autorité compétente de l’État membre concerné.

L’avenir : fin des quotas gratuits et MACF

L’avenir du marché carbone européen est marqué par un changement de paradigme. Les allocations gratuites de l’ETS 1 vont progressivement s’éteindre, remplacées par le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF).

Bon à savoir : Le MACF n’est pas une taxe, mais un droit de douane carbone. Il sera imposé sur les importations de produits intensifs en carbone (acier, ciment, engrais, etc.) provenant de pays qui n’appliquent pas de tarification carbone équivalente. L’objectif est double : prévenir la fuite de carbone et protéger la compétitivité des entreprises européennes qui, elles, paient le prix du CO2. Ce mécanisme encourage ainsi une harmonisation des efforts climatiques au niveau mondial.

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FAQ : Le système d’échange de quotas et le marché du carbone

Qu’est-ce qu’un quota d’émissions ETS ?

Un quota, ou EUA (European Union Allowance), est le droit d’émettre une tonne de CO2 équivalent. Il est une marchandise qui s’échange sur le marché européen.

Mon entreprise est-elle concernée ?

Vous êtes directement concerné par l’ETS 1 si vous exploitez une installation de combustion d’une puissance thermique supérieure à 20 MW ou si vous opérez dans les secteurs industriels couverts (acier, ciment, raffinage, etc.).

Comment optimiser mes coûts liés à l’ETS ?

L’optimisation passe par la réduction des émissions à la source (efficacité énergétique) et la gestion active des quotas avec une stratégie d’achat adaptée à votre profil de risque.

Le système va-t-il continuer d’évoluer ?

Oui, le système va connaître une accélération de la réduction du plafond, la fin progressive des quotas gratuits, et l’extension au transport et au chauffage (ETS 2) dès 2027.